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Nous sommes au seuil d’une révolution aussi audacieuse et déterminante que la découverte de la relativité par Einstein. Les idées les plus avancées de la science viennent remettre en question toutes nos croyances sur notre monde et sur nous-mêmes. Désormais, des découvertes prouvent ce que la religion a toujours défendu, à savoir que les êtres humains ne sont pas de vulgaires assemblages de chair et d’os. Cette science nouvelle répond à des questions qui ont troublé les scientifiques pendant des centaines d’années. Et fondamentalement, il s’agit d’une science du miraculeux. Au cours des dernières décennies, des scientifiques respectés appartenant à diverses disciplines ont mené des expériences rigoureuses dont les résultats ébranlent encore la biologie et la physique courantes. L’ensemble de leurs travaux nous procure beaucoup d’information sur les forces organisatrices fondamentales qui régissent nos corps et le reste du cosmos. Ce que ces chercheurs ont trouvé n’est rien de moins qu’époustouflant. Selon eux, sur le plan le plus élémentaire, nous, les humains, ne sommes pas que des réactions chimiques, mais plutôt une charge énergétique. Les humains et tous les êtres vivants forment une même énergie au sein d’un champ d’énergie relié à tout. Ce champ d’énergie est le moteur central de notre être et de notre conscience, l’alpha et l’oméga de notre existence. Dans la relation entre nos corps et l’univers, il n’y a pas de dualité « moi » et « non-moi » ; il y a seulement un champ d’énergie sous-jacent.

Ce substrat, à l’origine des plus hautes facultés de notre esprit, constitue la source des informations qui dirigent la croissance de nos corps. Ce substrat est notre cerveau, notre coeur et notre mémoire. En fait, ce champ est la matrice du monde en tout temps. De plus, il est la force qui, plutôt que les germes ou les gènes, détermine en fin de compte chez nous la santé ou la maladie. C’est dans ce champ que nous devons puiser pour nous guérir. Comme nous ne faisons qu’un avec notre monde, notre unique vérité fondamentale réside dans la relation qui nous unit à lui. « Le champ est la seule réalité »i, avait déjà dit Einstein. Jusqu’à présent, la biologie et la physique ont été les servantes de la vision d’Isaac Newton, le père de la physique moderne. Tout ce que nous croyons à propos de ce monde et de la place que nous y occupons puise son origine dans des théories formulées au XVIIe siècle, théories qui forment encore l’épine dorsale de la science moderne. D’après ces théories, tous les éléments composant l’univers sont dissociés les uns des autres et entièrement indépendants. L’univers informé De ces théories est née une vision du monde où tout est séparé, divisé. Selon la description du monde matériel par Newton, des particules individuelles de matière suivaient certaines lois du mouvement à travers l’espace et le temps, comme si l’univers était une machine. Mais avant que Newton ne formule ses lois du mouvement, le philosophe français René Descartes avait lancé une affirmation qui semblait alors révolutionnaire, à savoir que notre mental est distinct de la matière inerte de notre corps, qui n’est simplement qu’un autre genre de machine bien huilée. Ainsi donc, le monde se composait d’une multitude de petits objets qui se comportaient de manière prévisible.

Les plus distincts de ces objets étaient les êtres humains, puisqu’ils évoluaient en dehors de cet univers tout en regardant dedans. Suivant ces théories, même nos corps étaient d’une manière ou l’autre séparés et différents de notre véritable moi, c’est-à-dire de la conscience qui observe. Même si le monde newtonien respectait des lois, il n’en était pas moins, en définitive, un lieu solitaire et désert. Le monde continuait à tourner, comme mû par un gigantesque engrenage, que nous ayons été présents ou non. En quelques mouvements adroits, Newton et Descartes avaient extirpé Dieu du monde de la matière, tout comme ils nous avaient extirpés, nous et notre conscience, du centre de notre monde. Ils avaient dépouillé l’univers de son coeur et de son âme, laissant derrière une série de morceaux sans vie s’emboîtant les uns dans les autres. Et plus important encore, comme Danah Zohar le faisait remarquer dans The Quantum Self, « la vision de Newton nous avait chassés de la trame de l’univers »ii. Les travaux de Charles Darwin rendirent l’image que nous avions de nous-mêmes encore plus sinistre. Selon sa théorie de l’évolution, légèrement déformée depuis par les néodarwinistes, la vie est un processus aléatoire, sans but, où seul le plus fort survit. Sous cet angle, nous ne serions donc qu’un hasard de l’évolution, et l’immense héritage biologique de nos ancêtres se réduirait à une seule facette : manger ou être mangés, bref, survivre à tout prix. En somme, l’essence de notre humanité est un terrorisme génétique qui se débarrasse de tout lien plus faible. La vie ne consiste pas à partager dans l’interdépendance, mais plutôt à gagner, à être le premier.

Et si on arrive à survivre, o se retrouve tout seul au sommet de l’arbre de l’évolution. Cette vision mécaniciste du monde et de l’être humain nous a certes permis de maîtriser l’univers d’un point de vue technologique, mais nous n’en savons guère plus sur nous-mêmes. Sur le plan spirituel et métaphysique, cette vision nous a profondément isolés de tout. De plus, elle ne nous a pas permis de comprendre comment nous pensons, comment la vie commence, pourquoi nous tombons malade, de quelle manière une seule cellule devient un être humain pleinement formé, et ce qu’il advient de la conscience humaine après la mort. À contrecoeur, nous défendons cette vision du monde même si elle ne correspond pas à notre expérience quotidienne. Beaucoup d’entre nous cherL’univers informé chent donc à échapper à cette réalité vide de sens par le biais de la religion. Celle-ci offre un certain recours, puisqu’elle propose un idéal d’unité et de communion avec les autres, ou donne un sens à la vie, mais elle le fait en contradiction avec la vision scientifique. Quiconque désire une vie spirituelle est déchiré par ces visions opposées du monde et doit, en vain, fournir des efforts pour les réconcilier. Avec la découverte de la physique quantique, nous aurions dû écarter pour de bon cette triste vision des choses dès le début du XXe siècle. En plongeant au coeur de la matière, les pionniers de la physique quantique avaient été étonnés par leurs découvertes. Les infimes particules de matière n’avaient plus rien à voir avec la matière, telle que nous la connaissions. En fait, ce n’était même plus quelque chose. Tantôt, c’était une chose, tantôt une autre complètement différente. Plus étrangement encore, ces particules de matière pouvaient souvent être plusieurs choses à la fois. Mais le plus significatif tenait du fait que ces particules subatomiques n’existaient pas en elles-mêmes, mais seulement en relation avec d’autres. Sur le plan le plus élémentaire, la matière ne pouvait se diviser en petites unités indépendantes.

Elle était totalement indivisible. Ainsi, de toute évidence, l’univers était un réseau dynamique d’interconnexion. Dès que des choses entraient en contact, elles restaient toujours reliées entre elles où qu’elles se situent dans l’espace et le temps. Le temps et l’espace eux-mêmes semblaient des constructions arbitraires n’ayant plus leur place dans le monde subatomique. En fait, le temps et l’espace tels que nous les connaissions n’existaient pas. D’aussi loin que l’oeil puisse voir, il n’y a que le vaste paysage de l’ici-maintenant. Les pionniers de la physique quantique, dont Erwin Schrödinger, Werner Heisenberg, Niels Bohr et Wolfgang Pauli, soupçonnaient bien qu’ils étaient entrés dans un territoire métaphysique interdit. Si les électrons restaient en lien partout à la fois, cela remettait grandement en question la nature de l’ensemble de l’univers. Ces pionniers se tournèrent donc vers les textes de la philosophie classique pour saisir la vérité profonde du monde subatomique qu’ils observaient. Pauli étudia la psychanalyse et les archétypes ; Bohr, le Tao et la philosophie chinoise ; Schrödinger, la philosophie hindoue, et Heisenberg, la théorie platonicienneiii. Malgré cela, ils ne parvinrent pas à établir une théorie cohérente des répercussions spirituelles de la physique quantique. Niels Bohr accrocha un écriteau sur sa porte. On y lisait ceci : « Philosophes, restez dehors. Ici, on travaille. » Cependant, il restait une autre question à régler en physique quantique. Jusque-là, Bohr et ses confrères n’avaient pas été très loin dans leurs expériences et leur compréhension. Afin de démontrer les effets quantiques, ils avaient mené des recherches en laboratoire sur des particules subatomiques inanimées. Ils en avaient donc logiquement déduit que cet étrange monde subatomique n’existait qu’au coeur de la matière inerte. Tout ce qui était vivant fonctionnait encore selon les lois de Newton et de Descartes, lois qui servaient L’univers informé de fondement à la médecine et à la biologie modernes. Même la biochimie reposait sur la force et la collision newtoniennes. Et qu’en était-il de nous ? D’après les pionniers de la physique quantique, l’être humain jouait maintenant un rôle central dans tout processus physique. Selon eux encore, les particules subatomiques existaient dans tous leurs états possibles jusqu’à ce que nous les dérangions en les observant et en les mesurant. Elles se fixaient alors sous une forme réelle. L’observation de ces particules par la conscience humaine jouait un rôle déterminant dans le processus de stabilisation du flux subatomique. Pourtant, la conscience en tant que facteur ne faisait pas partie des équations d’Heisenberg ou de Schrödinger. Ceux-ci se doutaient bien qu’elle jouait un rôle déterminant, mais ils ne savaient pas comment l’intégrer à leurs équations. Ainsi, dans la mesure où la conscience était concernée, nous étions toujours en train de regarder de l’extérieur vers l’intérieur.

Toutes ces données éparses de la physique quantique n’avaient jamais été unifiées par une théorie cohérente. On réduisit simplement la physique quantique à un outil technologique très efficace, essentiel à la fabrication de bombes et de tout l’appareillage électronique moderne. On en oublia ainsi les conséquences philosophiques pour se concentrer seulement sur les avantages pratiques. Les physiciens ordinaires étaient disposés à prendre pour argent comptant la nature bizarre du monde quantique puisque celui-ci se fondait sur de solides données mathématiques, telles les équations de Schrödinger. Néanmoins, ils ne pouvaient s’empêcher de se poser certaines questionsiv. Par exemple, comment les électrons pouvaient-ils être en contact avec tout en même temps ? Comment se faisait-il que les électrons n’avaient pas d’état fixe tant qu’on ne les observait pas ? Comment pouvait-il y avoir quelque chose de concret en ce monde si tout n’était que feux follets dès qu’on examinait les choses de plus près ? Ils résolurent ces dilemmes en affirmant qu’il existait une vérité pour l’infiniment petit et une autre pour l’infiniment grand, tout comme il y en avait une pour l’animé et une autre pour l’inanimé. Il s’agissait simplement d’accepter cette contradiction apparente comme on l’aurait fait pour un axiome de Newton. Telles étaient les lois de l’univers. Si les équations fonctionnent, rien d’autre ne compte. Cependant, des scientifiques – un petit groupe seulement – disséminés un peu partout dans le monde ne se satisfaisaient pas de répéter comme des perroquets les dogmes de la physique quantique. Désireux d’obtenir de meilleures réponses aux questions restées en suspens, ils reprirent le collier là où les pionniers de la physique quantique s’étaient arrêtés. Plusieurs d’entre eux se penchèrent sur les quelques équations que l’on avait toujours retranchées de la physique quantique. Ces équations correspondaient au champ du point zéro, un océan de vibrations micro-scopiques qui occupait l’espace entre les choses. Les chercheurs réalisèrent que s’il fallait L’univers informé inclure ce champ dans notre conception de la matière, les fondements mêmes de notre univers seraient une mer houleuse d’énergie, un vaste champ quantique. Et si tel était bien le cas, tout devrait être connecté à tout comme s’il y avait une matrice invisible. Ces chercheurs avaient aussi découvert que nous étions tous faits du même matériau de base. Fondamentalement,

tous les êtres vivants sont constitués de paquets d’énergie quantique qui échangent de l’information avec une inépuisable mer d’énergie. Qui plus est, les êtres vivants émettent une faible radiation, ce qui est un des aspects les plus cruciaux des processus biologiques. Les informations sur tous les aspects de la vie, de la communication cellulaire aux contrôles de l’ADN, sont transmises par un échange d’information au niveau quantique. Même notre mental, qui échappe, soidisant, aux lois de la matière, fonctionne selon des processus quantiques. En fait, la pensée, les sentiments ou tout processus cognitif supérieur correspondent à de l’information quantique pulsée simultanément à travers notre cerveau et notre corps. Et la perception résulte d’interactions entre les particules subatomiques de nos cerveaux et la mer d’énergie quantique. Littéralement, nous résonnons avec notre monde. Ces extraordinaires découvertes revêtaient un caractère hérétique. D’un seul coup, ces chercheurs défiaient nombre des lois les plus fondamentales de la biologie et de la physique. Ce qu’ils avaient mis au jour n’était rien d’autre que la clé de tout traitement et échange d’information dans l’univers, de la communication intercellulaire à notre perception du monde en général. De plus, ils répondaient à quelques-unes des questions les plus fondamentales en biologie sur la morphologie humaine et la conscience vivante. Ainsi, dans l’espace prétendument « vide » se cachait sans doute la clé de la vie ellemême. Mais avant tout, ces chercheurs confirmaient que c’est à partir des racines les plus profondes de notre être que nous nous connectons avec les autres et le monde.

Grâce à des expériences scientifiques, ils avaient démontré qu’une force de vie appelée « conscience collective » ou « Esprit saint », en termes théologiques, circulait dans l’univers. Ces chercheurs donnaient aussi une explication plausible à ce qui relevait jadis de la foi, des médecines alternatives ou même de la prière pour la vie après la mort. En un sens, ils nous offraient une science de la religion. Contrairement à la vision du monde de Newton ou de Darwin, celle que défendaient ces chercheurs embellissait la vie et nous permettait de nous rapproprier notre pouvoir. Selon cette vision, nous ne sommes pas de simples accidents de la nature. Notre monde, de même que la place que nous y occupons, a un but et une unité. Et nous avons tous notre mot à dire dans tout cela ! Ce que nous faisons et pensons joue en effet un rôle déterminant quand vient le temps de créer notre monde. Désormais, les humains ne sont plus dissociés les uns des autres, pas plus d’ailleurs qu’ils ne sont étrangers à leur monde, comme s’ils le regardaient de l’extérieur. Ils peuvent reprendre la place qui leur revient, au centre de leur univers. Ces idées avaient le goût de la trahison. Dans bien des cas, ces chercheurs avaient mené des combats d’arrière-garde contre un ordre établi hostile et retranché dans ses positions. Même si leurs recherches s’étaient étalées sur trente ans, elles restaient toujours fort méconnues ou carrément ignorées. Toutefois, ce fait ne remettait pas en cause leur valeur scientifique. Appartenant tous aux institutions les plus reconnues tant aux États-Unis qu’en Europe, ces chercheurs avaient effectué des expériences au parcours sans faute. Cependant, celles-ci s’attaquaient aux dogmes sacrés qui formaient le coeur même de la science moderne. Autrement dit, leurs travaux remettaient en question la vision mécaniciste du monde. Reconnaître la pertinence de leurs découvertes exigeait de mettre au rebut une bonne partie des principes de la science moderne, de repartir à zéro, mais la vieille garde ne voulait pas en entendre parler. Puisque ces découvertes ne correspondaient pas à sa vision du monde, elles ne pouvaient qu’être fausses. Néanmoins, il est trop tard. Rien ne peut arrêter cette révolution. Les scientifiques dont le travail est souligné dans L’univers informé ne représentent qu’une petite portion d’un mouvement bien plus vastev. Beaucoup d’autres les suivent de près, contestant, expérimentant et modifiant leurs positions. Bref, ils travaillent comme tout vrai explorateur qui se respecte. Plutôt que de rejeter ces données qui remettent en question sa vision scientifique du monde, la science orthodoxe devra commencer à s’y adapter. Fondamentalement, la science est un processus de compréhension du monde et de nous-mêmes, et non un ensemble de lois immuables. Avec les découvertes qui s’ajoutent, les vieilles certitudes doivent souvent céder leur place.

L’univers informé est l’histoire de cette révolution. Comme plein d’autres révolutions, celle-ci s’est amorcée par de petites poches de résistance isolées (une percée dans un domaine, une découverte dans un autre, etc.) et non dans un vaste mouvement unifié et réformateur. Même s’ils connaissent leurs travaux respectifs, ces hommes et ces femmes de laboratoire sont souvent réticents à s’aventurer au-delà de l’expérimentation pour examiner toutes les répercussions véritables de leurs découvertes, ou bien ils n’ont tout simplement pas le temps de les mettre en contexte avec les autres données scientifiques disponibles. Chacun a fait un voyage d’exploration et trouvé une poignée de terre, mais aucun n’ose affirmer qu’il s’agit d’un continent. L’univers informé constitue une des premières tentatives pour former un tout cohérent à partir de ces recherches disparates. Dans la même foulée, cet ouvrage valide scientifiquement des éléments qui relevaient surtout de la religion, du mysticisme, de la médecine scientifique ou des spéculations nouvel âge. Quoique tout le matériel utilisé dans ce livre soit fondé sur de solides données scientifiques, il m’est parfois arrivé, avec l’aide des chercheurs concerL’univers informé nés, de me livrer à des spéculations en vue de déterminer comment toutes ces données s’imbriquaient l’une dans l’autre. Par conséquent, je tiens à préciser que la théorie proposée ici est, tout comme Robert Jahn, doyen émérite à l’université de Princeton, se plaît à le dire, un « travail en cours ». Par ailleurs, je signale que certaines preuves scientifiques n’ont pas encore été reproduites par des groupes indépendants. Il faut voir L’univers informé comme une première tentative visant à regrouper ces découvertes individuelles pour en tirer un modèle cohérent, dont il faudra redéfinir quelques éléments plus tard. Il serait sage aussi de garder à l’esprit la maxime selon laquelle on ne peut prouver définitivement une idée vraie. Au mieux, la science peut espérer qu’elle saura réfuter les idées fausses. Dans cette perspective, des chercheurs pourtant dignes de confiance ont employé des tests efficaces pour tenter de discréditer les idées inédites développées dans ce livre. Mais à ce jour, aucun n’a réussi. À moins d’être réfutées ou perfectionnées, les découvertes mentionnées dans ces pages restent donc valides. L’univers informé est destiné au grand public. Pour rendre compréhensibles des données fort complexes, je me suis souvent servie de métaphores ne représentant qu’une approximation grossière de la vérité. Parfois aussi, les nouvelles idées radicales présentées exigeront de la patience. Je ne promets donc pas que cet ouvrage sera toujours d’une lecture facile.

Quantité de notions seront fort difficiles à avaler pour les disciples de Newton ou de Descartes habitués, tout comme nous, à penser que tout est séparé et immuable. Je dois aussi ajouter que je n’ai rien découvert de tout ceci, puisque je ne suis pas une scientifique, mais bien seulement une journaliste et, parfois, une interprète. Les applaudissements devront être adressés à ces chercheurs fort peu connus qui ont décelé et saisi l’extraordinaire caché dans le quotidien. Souvent, sans même qu’ils l’aient pleinement réalisé, leurs travaux se sont transformés en une quête de la physique de l’impossible. La lumière dans l’obscurité Ce qui est arrivé à Ed Mitchell était peut-être dû à l’absence de gravité ou, encore, au fait que tous ses sens n’avaient plus aucun point de référence. Il était en train de revenir à la maison, qui à ce moment-là se trouvait approximativement à 400 000 kilomètres de l’endroit où il était, c’est-à-dire quelque part dans l’azur ennuagé, près du croissant blanc qui apparaissait de façon intermittente par le hublot triangulaire du module de commande d’Apollo 14vi. Deux jours plus tôt, il était devenu le sixième homme à alunir. Ce voyage avait été un vrai triomphe puisque c’était le premier alunissage ayant donné lieu à des investigations scientifiques. Les 40 kilos de pierre et d’échantillons de sol lunaire présents dans l’engin spatial en étaient la preuve. Même si lui et son commandant, Alan Shepard, n’avaient pas atteint le sommet du vieux cratère conique (Cone Crater) haut de 250 mètres, tous les autres éléments figurant sur la liste détaillée collée sur leurs poignets respectifs – liste sur laquelle chaque minute de leur périple de deux jours était méticuleusement consignée – avaient été cochés. Mais ce qu’ils n’avaient pas vraiment prévu, c’était l’action de ce monde inhabité, presque sans gravité et dénué de l’effet diluant de l’atmosphère, sur leurs sens. Sans leurs points de repère habituels comme les arbres, les fils électriques, ou quoi que ce soit d’autre qu’Antarès, le module lunaire doré ressemblant à un insecte, toutes les perceptions d’espace, d’échelle, de distance et de profondeur avaient été terriblement déformées dans ce vaste paysage gris poussière. Ed avait eu le choc de découvrir que tous les points de navigation soigneusement notés sur des photographies de haute résolution se situaient en réalité au moins au double de la distance à laquelle ils s’attendaient tous deux. Comme si Alan et lui avaient rétréci pendant le voyage spatial et que ce qui semblait être de minuscules bosses et crêtes sur la Lune, alors qu’ils se trouvaient à la base, avait atteint des hauteurs de 2 mètres et plus. Non seulement ils se sentaient plus petits, mais ils étaient aussi plus légers que jamais. Ed avait ressenti une étrange légèreté de son être, vu la faible gravité, et il avait l’impression de flotter comme une bouée à chaque pas qu’il faisait, malgré le poids et le volume de son costume spatial engonçant.

Et il y avait également eu l’effet déformant du soleil, pur et inaltéré, dans ce monde sans air. Dans la lumière aveuglante du soleil, même au cours de cette matinée relativement fraîche, avant que la température atteigne un maximum de 130 oC, les cratères, les points de repère, le sol et la Terre, même sans oublier le ciel, se détachaient de façon absolument claire sur l’arrière-fond. Pour un esprit habitué au filtre doux qu’est l’atmosphère, les ombres angulaires et les couleurs changeantes du sol gris ardoise semblaient conspirer pour jouer des tours aux yeux. Sans le savoir, Alan et lui étaient arrivés à seulement 30 mètres du cratère conique, c’est-à-dire à dix secondes de marche, quand ils avaient décidé de revenir, convaincus qu’ils étaient de ne pouvoir atteindre le cratère dans le temps alloué. Cette erreur avait terriblement déçu Ed, qui aspirait depuis longtemps à plonger son regard dans ce trou de 400 mètres de diamètre sis sur les hauteurs lunaires. Il n’y avait aucune vie autour d’eux et tout était à la vue et manquait de finesse. La moindre chose envahissait l’oeil de contrastes vifs et d’ombres marquées. Dans un certain sens, il voyait plus clairement et moins clairement que jamais. Vu leur programme chargé, ils avaient eu très peu de temps pour réfléchir, s’émerveiller ou songer à la raison d’être supérieure de ce voyage spatial. Ils avaient voyagé plus loin que n’importe quel homme avant eux dans l’univers et, malgré cela, bousculés par la pensée qu’ils coûtaient 200 000 $ la minute aux contribuables américains, ils se sentaient obligés de river leurs yeux sur la montre et de cocher les unes après les autres toutes les tâches que Houston avait prévues au programme. Ce n’est qu’une fois le module lunaire raccordé au module de commande que leur voyage de retour vers la Terre s’amorça, pour une durée de deux jours, et qu’Ed put retirer sa combinaison spatiale salie par le sol lunaire, relaxer en sous-vêtements longs et essayer de mettre un peu d’ordre dans ses sentiments de frustration et ses pensées embrouillées. Le Kittyhawk effectuait de lentes rotations sur lui-même, un peu comme un poulet sur une broche, afin que les effets thermiques soient équilibrés des deux côtés de l’engin spatial.

Et pendant ces lentes révolutions, la Terre se montrait par intermittence dans le hublot, boule minuscule confondue dans la nuit étoilée. De ce point de vue, alors que la Terre et le reste du système solaire apparaissaient et disparaissaient alternativement, le ciel n’existait pas seulement au-dessus des astronautes, comme nous le concevons en général, mais plutôt comme une immense et unique entité qui donnait l’impression de bercer la Terre de tous côtés. C’est à cet instant-là, alors qu’il regardait par le hublot, qu’Ed eut le plus étrange sentiment qu’il ait jamais eu, un sentiment de connectivité, comme si toutes les planètes et tous les gens de tout temps étaient reliés par une grille invisible. La solennité du moment l’empêcha de respirer normalement et, même s’il continuait de tourner des manivelles et d’appuyer sur des boutons, il se sentit à distance de son corps, un peu comme si quelqu’un d’autre pilotait. Il eut l’impression d’être en présence d’un énorme champ de forces qui reliait tous les gens, ainsi que leurs intentions et leurs pensées, à toute forme animée et inanimée de matière ayant existé. Il sut à cet instant que tout ce qu’il ferait ou penserait aurait un impact sur le reste du cosmos et que tout événement dans le cosmos aurait un effet similaire sur lui. Le temps n’était qu’une construction mentale. Tout ce qu’on lui avait enseigné sur l’univers et sur la dissociation entre les gens et les choses lui parut faux.

Les accidents et les intentions individuelles n’existaient pas. L’intelligence naturelle qui prévalait depuis des milliards d’années et qui avait créé les molécules de son être était également à l’origine de son voyage spatial. Ce n’était pas quelque chose qu’il comprenait avec sa tête, mais plutôt une irrésistible sensation viscérale, un peu comme si son corps allait toucher aux confins du cosmos par le hublot. Non, il n’avait pas vu le visage de Dieu. Cette expérience ne lui semblait pas être une expérience religieuse habituelle, mais plutôt une aveuglante révélation de sens, ce que les religions orientales qualifient souvent d’« extase d’unité ». Comme si, en un seul instant, Ed Mitchell avait découvert et ressenti la Force. Il jeta un coup d’oeil à Alan, ainsi qu’à Stu Roosa, l’autre astronaute de la mission Apollo 14, pour vérifier s’ils faisaient une expérience un tant soit peu semblable à la sienne. À un moment donné, celui où ils étaient sortis pour la première fois d’Antarès et avaient posé le pied sur les plaines de Fra Mauro, un massif de la Lune, Alan, un ancien du premier lancement spatial américain, habituellement un dur à cuire accordant peu de temps à ce genre de charabia mystique, fit un effort pour relever la tête dans sa combinaison volumineuse et regarder au-dessus de lui, et se mit à pleurer en voyant la Terre, si incroyablement belle dans le ciel vide d’air. Mais pour l’instant, Alan et Stu semblaient vaquer automatiquement à leurs occupations. Ed eut peur de dire quoi que ce soit sur ce qui lui semblait être le début de son propre moment de vérité. Il avait toujours été l’homme à part du programme spatial et, à l’âge de 41 ans, bien que plus jeune que Shepard, il était un des plus hauts placés parmi les membres de la mission Apollo. Avec ses cheveux blond pâle, son visage large, ses allures du Midwest américain et la diction traînante d’un pilote de ligne aérienne, il donnait le change et jouait bien son rôle.

Mais, aux yeux des autres, il était un peu un intellectuel puisqu’il était le seul parmi les membres de la mission à détenir un doctorat et une licence de pilote. De toute évidence, il était entré de manière peu orthodoxe dans le programme spatial. Selon lui, un doctorat en astrophysique du Massachusetts Institute of Technology (MIT) le rendrait indispensable à une telle mission (secrètement, c’était sa façon de viser la NASA), et il ne pensa que par après à faire valoir ses heures de vol pour être éligible au programme spatial. Mais Ed ne traînait pas de la patte quand il s’agissait de voler. Comme tous ses autres compagnons, il avait passé des heures avec l’escadron de Chuck Yeager, dans le désert de Mojave, à faire faire aux avions des choses pour lesquelles ils n’avaient jamais été conçus. À un moment donné, il avait même été leur instructeur. Mais il préférait se considérer comme un explorateur plutôt qu’un pilote, comme une sorte d’adepte moderne des vérités. Son grand intérêt pour la science était en perpétuel combat contre le fondamentalisme baptiste extrême de sa jeunesse. Ce n’était apparemment pas un hasard s’il avait été élevé à Roswell, au Nouveau-Mexique, endroit d’où on avait vu pour la première fois un ovni, à peine à deux kilomètres de la maison de Robert Goddard, le père de la science des fusées américaines, et à quelques kilomètres des montagnes où on avait fait les premiers essais de la bombe atomique. La science et la spiritualité coexistaient en lui, se rudoyant pour avoir la première place. Lui aspirait cependant à ce qu’elles se serrent la main et fassent la paix. Ed avait caché une autre chose aux autres. En effet, tard le soir de cette même journée, pendant qu’Alan et Stu dormaient dans leur hamac, il se plongea en silence dans une expérience qu’il avait entreprise dès le début de la mission. En effet, il s’entraînait à faire des expériences de conscience et de perception extrasensorielle, et passait du temps à étudier les travaux de Joseph B. Rhine, un biologiste ayant dirigé de nombreuses expériences sur la nature extrasensorielle de la conscience humaine. Deux de ses plus récents amis, des spécialistes, dirigeaient des recherches très crédibles sur la nature de la conscience. Ensemble, ils avaient réalisé que ce voyage vers la Lune représentait pour Ed l’occasion unique de vérifier si la télépathie chez les humains pouvait fonctionner sur de plus grandes distances que celles du laboratoire du docteur Rhine.

C’était l’occasion unique de voir si ce genre de communication pouvait dépasser quelque distance que ce soit sur terre. Comme il l’avait déjà fait au cours des deux jours avant d’atteindre la Lune et quarante-cinq minutes après le début de la période consacrée au sommeil, Ed sortit une petite lampe de poche de ses effets personnels et se mit à inscrire au hasard des chiffres sur la feuille déposée sur son écritoire à pince. Chacun de ces chiffres représentait un des fameux symboles Zener du docteur Rhine, c’est-à-dire un carré, un cercle, une croix, une étoile et une paire de lignes ondulées. Puis, il se concentra intensément sur eux, méthodiquement, un après l’autre, essayant de « transmettre » ses choix à ses collègues sur terre. Même si cette expérience le passionnait, il n’en toucha mot aux autres. À une occasion, il avait essayé de discuter avec Alan de la nature de la conscience, mais il ne se sentait pas près de son supérieur et ce genre de thème ne passionnait pas les autres autant que lui. Certains des astronautes avaient pensé à Dieu pendant qu’ils étaient dans l’espace et tout ceux qui participaient au programme spatial savaient qu’ils cherchaient quelque chose de nouveau quant au fonctionnement de l’univers. Mais si Alan et Stu avaient su qu’Ed essayait de transmettre ses pensées à des gens sur terre, ils l’auraient assurément considéré comme encore plus excentrique. Ed termina son expérience et en ferait une autre le lendemain soir.

Mais après la révélation qu’il avait eue, cela ne lui semblait plus nécessaire. Il avait la conviction intérieure que c’était la vérité. Les esprits humains étaient tous reliés les uns aux autres, de même qu’à toute chose en ce monde et à tout autre monde. Son intuition acceptait ce fait, mais pour le scientifique qu’il était, cela ne suffisait pas, et c’est pour cette raison qu’il passa les vingt-cinq années suivantes à tenter d’expliquer scientifiquement ce qui avait bien pu lui arriver là-haut. Edgar Mitchell était rentré sain et sauf chez lui. Comme aucune exploration physique sur terre ne pouvait arriver à la cheville d’un voyage vers la Lune, L’univers informé moins de deux ans après cette expérience, Ed quitta la NASA, qui avait annulé les trois derniers vols vers la Lune par manque de fonds. C’est alors que le véritable voyage commença pour lui. L’exploration de l’espace intérieur s’avéra infiniment plus long et plus ardu que l’alunissage ou la recherche du cratère en forme de cône. Les petites expériences qu’Ed avait faites pendant le vol spatial s’étaient avérées positives : une forme de communication défiant toute logique avait effectivement eu lieu. Comme Ed n’avait pu procéder à toutes les six expériences prévues, il fallut un certain temps pour apparier les quatre qu’il avait réussi à faire aux six séances menées sur terre, pour deviner ce qu’il avait émis. Mais une fois que les quatre séries de données qu’il avait récoltées pendant le voyage de neuf jours furent appariées à celles de ses six collègues sur terre, la correspondance entre elles s’avéra plus que probante. En effet, il y avait une chance sur 3 000 pour que ce soit le fruit du hasardvii.

Ces résultats concordaient avec des milliers d’expériences similaires menées sur terre par Rhine et ses collègues durant plusieurs années. La révélation fulgurante que Mitchell avait eue dans l’espace avait ébranlé un grand nombre de ses systèmes de croyances. Mais ce qui le dérangeait le plus au sujet de cette expérience, c’était l’explication scientifique du moment concernant la biologie, en particulier celle sur la conscience, qui lui semblait dorénavant bien trop réductrice. Malgré tout ce qu’il avait appris en physique quantique au MIT sur la nature de l’univers, la biologie semblait rester embourbée dans une vision du monde vieille de 400 ans. Le modèle biologique actuel semblait encore fondé sur la vision newtonienne classique de la matière et de l’énergie selon laquelle des corps distincts évoluent de façon prévisible dans un espace vide, ainsi que sur la vision cartésienne qui établit une distinction entre le corps et l’esprit. Rien dans ce modèle ne pouvait rendre justice à la véritable complexité d’un être humain et à son rapport avec son monde ou, plus particulièrement, avec sa conscience. On ramenait encore pratiquement les êtres humains et toutes leurs parties à une machine. Les explications biologiques des grands mystères concernant les organismes vivants s’efforcent pour la plupart de comprendre le tout en le fractionnant jusqu’à son expression la plus microscopique. Les corps prendraient la forme qu’ils ont en raison des codes génétiques, de la synthèse protéique et des mutations aléatoires. Selon les spécialistes en neurologie du moment, la conscience résiderait dans le cortex cérébral et serait le résultat d’un simple mélange de substances chimiques et de cellules cérébrales. Ces substances seraient à l’origine de la télévision qui joue dans notre cerveau et de l’observateur qui la regardeviii. Nous appréhenderions donc le monde grâce aux complexités de notre machine.

La biologie moderne ne croit donc pas en un monde qui soit finalement indivisible. Dans ses propres recherches en physique quantique au MIT, Ed Mitchell avait appris que, sur le plan subatomique, la vision newtonienne ou classique, c’est-à-dire celle qui préconise que tout fonctionne de manière bien prévisible, avait depuis longtemps été remplacée par des théories quantiques plus embrouillées et indéfinies laissant entendre que l’univers et son fonctionnement ne seraient pas aussi ordonnés que le penseraient les scientifiques. À son extrême expression, la matière ne pouvait être fractionnée en unités indépendantes, ni même décrite complètement. Les particules subatomiques n’étaient pas des objets solides comme des boules de billard, mais des paquets d’énergie indéfinis et vibrants qu’il était impossible de quantifier précisément ou de comprendre. On pouvait affirmer que ces derniers étaient « schizophrènes », agissant parfois comme des particules (une chose stable confinée à un petit espace), parfois comme une onde (une chose plus diffuse et vibrante s’étalant dans le temps et l’espace) et parfois comme les deux à la fois. Les particules quantiques étaient également omniprésentes. Par exemple, quand ils passaient d’un état énergétique à un autre, les électrons semblaient tester toutes les orbites possibles en même temps, un peu comme si un acheteur essayait de vivre dans toutes les maisons d’un pâté de maisons au même moment avant de choisir définitivement celle dans laquelle il élirait domicile. Et là encore, rien n’était certain. Il n’y avait pas d’endroit précis, seulement la possibilité qu’un électron, disons, puisse être à un certain endroit.

Pas de circonstance établie non plus, mais uniquement une probabilité que cela puisse arriver. Sur ce plan de réalité, rien n’était garanti. Les scientifiques devaient se contenter de parier sur les possibilités. Tout ce qu’on pouvait calculer, c’était la probabilité, les chances que, en prenant certaines mesures, on obtiendrait le même résultat selon un certain pourcentage. En somme, les relations de cause à effet ne tenaient plus le coup. Des atomes apparemment stables pouvaient soudainement et sans raison apparente connaître des fractures internes et les électrons, passer d’un état énergétique à un autre. En observant la matière de plus en plus près, elle n’était plus matière. Ce n’était plus l’objet solide que vous pouviez toucher ou décrire, mais une myriade de possibles entités évoluant toutes en même temps. Dans les fondements premiers de la matière, plutôt qu’être un univers de certitude statique, le monde et les rapports y advenant étaient incertitude et imprévisibilité, état de pur potentiel et d’infinie possibilité. Les scientifiques firent une certaine place à la connectivité universelle, mais strictement dans le cadre du monde quantique, soit le domaine de l’inanimé. Les physiciens spécialisés en physique quantique avaient découvert dans le monde subatomique une propriété étrange, appelée « non-localité ». Par cette propriété, une entité quantique, comme un électron isolé, peut avoir un effet instantané et à distance sur une autre particule quantique, même en l’absence d’échange de force ou d’énergie entre elles.

Ce phénomène laissait donc entendre qu’une fois les particules quantiques en contact, elles maintiennent entre elles un lien même si elles sont séparées. Ainsi, les agissements de l’une auront toujours un effet sur l’autre, peu importe la distance qui les sépare. Einstein dénigra cette « mystérieuse action à distance », ce qui fut la principale raison pour laquelle il se méfia tant de la mécanique quantique. Celle-ci a cependant bel et bien été prouvée par un certain nombre de scientifiques depuis 1982ix. Le concept de non-localité est venu anéantir les fondements mêmes de la physique, puisqu’on ne pouvait plus considérer la matière comme étant dissociée du reste et qu’on n’avait plus besoin d’avoir une cause observable dans un espace observable. L’axiome le plus fondamental d’Einstein était donc faux puisque, à un certain niveau de la matière, les choses pouvaient se déplacer plus vite qu’à la vitesse de la lumière. Prises isolément, les particules subatomiques n’avaient pas de sens. Elles ne devenaient compréhensibles que par leurs interactions et leurs rapports. À sa base, le monde existait sous la forme d’un réseau complexe de relations d’interdépendance, indivisibles à tout jamais. Et l’élément le plus essentiel de cet univers d’interconnectivité était probablement la conscience vivante qui l’observait. En physique classique, on voyait l’expérimentateur comme une entité à part, l’observateur silencieux derrière une vitre, qui essayait de saisir un univers poursuivant ses activités, qu’il soit observé ou pas. Par contre, avec la physique quantique, on découvrit que l’état de toutes les possibilités de n’importe quelle particule quantique s’effondrait pour former une entité établie dès qu’elle était observée ou mesurée. Pour expliquer ces étrangetés, les physiciens du monde quantique avaient avancé qu’une sorte de relation de participation entre l’observateur et l’observé s’installait et qu’on pouvait supposer que ces particules existaient sans doute dans l’espace et le temps jusqu’à ce qu’elles soient perturbées par une observation ou des mesures, deux éléments qui les précipitaient vers un état fixe. Cette observation stupéfiante eut également des répercussions bouleversantes sur la nature de la réalité puisqu’elle laissait entendre que c’est la conscience de l’observateur qui amène l’objet observé à être. Rien dans l’univers n’existerait donc comme objet réel indépendamment de la perception que nous en avons. Cette découverte revenait donc à dire que chaque minute de chaque jour nous créons notre monde. Pour Ed, les physiciens entretenaient un grand paradoxe, car ils voulaient vous amener à penser que les lois physiques concernant les branches et les pierres différaient de celles des particules atomiques les constituant, qu’il y avait une loi pour ce qui est petit et une autre pour ce qui est grand, pour ce qui est animé et pour ce qui est inanimé. Bien entendu, les lois de la physique classique sont sans aucun doute utiles en ce qui a trait aux propriétés fondamentales du mouvement, entre autres pour décrire la façon dont notre squelette nous maintient debout, ou comment nos poumons respirent, notre coeur bat et nos muscles soulèvent des poids.Nombre des processus corporels de base, tels l’alimentation, la digestion, le sommeil et la sexualité, sont régis par des lois physiques. Cependant, la physique ou la biologie classiques n’expliquent aucunement des principes fondamentaux comme la formulation de la pensée, la raison pour laquelle les cellules s’organisent comme elles le font, ou la quasiinstantanéité de nombreux processus moléculaires. Elles ne peuvent pas non plus expliciter pourquoi un bras devient un bras et une jambe, une jambe, même s’ils possèdent tous deux des gènes et des protéines identiques, pourquoi nous souffrons du cancer, pourquoi la machine que chacun de nous est peut miraculeusement se guérir, pourquoi nous savons ce que nous savons et comment nous le savons. Les scientifiques comprennent peut-être en détail les vis, les écrous, les charnières et diverses roues, mais rien au sujet de la force motrice qui meut la machine. Et même s’ils peuvent s’occuper de la mécanique sophistiquée du corps, ils semblent encore ignorer les mystères les plus fondamentaux qui viennent l’étayer. S’il est vrai que les lois de la physique quantique peuvent également s’appliquer au reste du monde et pas uniquement au monde subatomique, à la biologie et à la matière, alors tout le paradigme qui sous-tend la science biologique est erroné ou incomplet.

Et tout comme les théories de Newton ont été améliorées à un moment donné par les théories quantiques, il se peut aussi qu’Heisenberg et Einstein se soient trompés ou, encore, qu’ils n’aient eu que partiellement raison. Si on appliquait à grande échelle la théorie des quanta à la biologie, l’humain serait plutôt un réseau complexe de champs énergétiques en interaction dynamique quelconque avec ses systèmes de cellules chimiques. Et le monde existerait comme une matrice d’interrelation indivisible, tout comme Ed en avait fait l’expérience dans l’espace. Ce qui manquait tant à la biologie normalisée, c’était une explication de son principe organisateur, de la conscience humaine. Ed se mit donc à dévorer des livres sur les expériences mystiques, la pensée orientale et les quelques preuves scientifiques venant préciser la nature de la conscience. Avec l’aide de quelques scientifiques, il se lança dans des études sur le sujet à Stanford et créa l’Institute of Noetic Sciences, un organisme à but non lucratif dont le rôle était de subventionner de telles recherches. Il regroupa toutes les études scientifiques sur la conscience en un livre. Il ne pensait qu’à ça et ne parlait que de ça. Cette obsession détruisit son mariage. Les travaux d’Ed ne firent pas la révolution, mais l’entretinrent. Dans de grandes universités du monde entier, des découvertes rebelles isolées s’insurgeaient contre la vision de Newton et de Darwin, contre le dualisme de la physique et le point de vue concernant la perception humaine. Au cours de ses recherches, Ed entra en communication avec des scientifiques de grande réputation attachés à des universités fort réputées (Yale, Stanford, Berkeley, Princeton et l’université d’Édimbourg) qui venaient de faire des découvertes ne cadrant pas du tout avec les vieux principes. L’univers informé Toutefois, à la différence d’Edgar, ces scientifiques n’avaient pas eu de révélation soudaine pour aboutir à une nouvelle vision du monde. En effectuant leur travail, ils avaient tout bonnement obtenu des résultats contredisant les théories établies. Et même s’ils essayaient de faire cadrer leurs découvertes avec ces théories, car ils le souhaitaient et le désiraient même, rien n’y fit. La plupart d’entre eux en étaient venus à leurs conclusions par accident. Une fois leur train arrivé à la mauvaise gare, ils n’eurent d’autre solution que d’en descendre et d’explorer le nouveau paysage. Un véritable explorateur doit poursuivre son exploration, même si celle-ci le conduit en des lieux où il ne prévoyait pas particulièrement aller.

Ce que tous ces chercheurs avaient en commun, c’était une disposition à mettre l’incrédulité de côté et à rester ouverts à une véritable découverte, même si cela revenait à défier l’ordre des choses, à s’aliéner des collègues, à être censurés ou à connaître la déchéance professionnelle. De nos jours, s’avérer un révolutionnaire dans le domaine scientifique, c’est flirter avec le suicide professionnel. Bien que le milieu prétende encourager la liberté d’expérimentation, toute la structure scientifique, dont son système hautement concurrentiel de subventions et son système de publication et d’évaluation par les pairs, est principalement fondée sur l’acceptation de la vision du monde scientifique par les individus concernés. Ce système encourage plutôt les professionnels à entreprendre des expériences dont le but est surtout d’appuyer la vision actuelle des choses ou, encore, de raffiner la technologie pour l’industrie plutôt que de viser la véritable innovationx. Tous ceux qui travaillèrent à ces expériences eurent l’impression d’être sur le point de découvrir quelque chose qui transformerait complètement notre compréhension de la réalité et des êtres humains. Mais à l’époque, ils étaient seulement des scientifiques d’avant-garde travaillant à l’aveuglette. Plusieurs scientifiques indépendants avaient déniché un morceau du puzzle mais craignaient de comparer leurs notes. Il n’y avait donc pas de langage commun, car ce qu’ils avaient découvert semblait défier tout langage. Néanmoins, une fois que Mitchell entra en communication avec eux, leurs recherches séparées mises ensemble commencèrent à donner une théorie autre de l’évolution, de la conscience humaine et de la dynamique de tout ce qui est animé. Cette théorie proposait la meilleure vision possible d’un monde unifié, fondée qu’elle était sur des expériences et des équations mathématiques, et pas strictement sur des théories.

Le rôle principal d’Edgar fut de présenter les intéressés les uns aux autres, de subventionner en partie les recherches et, en acceptant de mettre son statut de héros national en jeu pour rendre ces recherches publiques, de convaincre ces scientifiques qu’ils ne faisaient plus cavalier seul. Tous les travaux convergeaient vers une seule et même chose : le soi possédait un champ d’influence sur le monde, et vice-versa. Et ils eurent aussi tous en commun le fait qu’ils ouvraient une grande brèche dans le fondement même de la théorie scientifique existante.

Prologue 1. M. Capek, The Philosophical Impact of Contemporary Physics, New Jersey, Van Nostrand, 1961, p. 319. Tel que cité dans F. Capra, The Tao of Physics, Londres, Flamingo, 1992. 2. D. Zohar, The Quantum Self, Londres, Flamingo, 1991, p. 2. Danah Zohar fait un excellent résumé de l’histoire philosophique des sciences avant et après Newton et Descartes. 3.

Je suis redevable à Brenda Dunne, directrice du laboratoire PEAR à Princeton, qui est la première à m’avoir éclairée sur les intérêts philosophiques des théoriciens quantiques. Voir aussi W. Heisenberg, Physics and Philosophy, Harmondsworth, Penguin, 2000 ; N. Bohr, Atomic Physics and Human Knowledge, New York, John Wiley & Sons, 1958 ; R. Jahn et B. Dunne, Margins of Reality:

The Role of Consciousness in the Physical World, New York, Harvest/Harcourt Brace Jovanovich, 1987, p. 58-59. 4. Entretien avec Robert Jahn et Brenda Dunne, à Amsterdam, le 19 octobre 2000. 5. En fait, pour déterminer quels chercheurs méritaient d’être inclus,

j’ai dû faire certains choix arbitraires. Ainsi, j’ai choisi l’anesthésiste américain Stuart Hameroff et ses travaux sur la conscience humaine, alors que j’aurais pu tout aussi bien opter pour Roger Penrose, un professeur d’Oxford. Et ce n’est que par manque d’espace que j’ai omis des pionniers en communication intracellulaire électromagnétique comme Cyril Smith.

Chapitre 1 1. Pour relater le voyage d’Ed Mitchell, je me suis basée sur les ouvrages suivants : The Way of the Explorer: An Apollo Astronaut’s Journey Through the Material and Mystical Worlds, d’Edgar Mitchell, G. P. Putnam, 1996,

p. 47-56 ; Full Moon, de M. Light, Jonathan Cape, Londres, 1999 ; The Right Stuff, de T. Wolfe, Jonathan Cape, Londres, 1980 ; A Man on the Moon, de A. Chaikin, Penguin, Harmondsworth, 1994, p. 355-379, ainsi que sur une visite d’une exposition de photographies de la Lune (Tate Gallery, Londres, 1999) et sur des rencontres avec Ed Mitchell (été et automne 1999).

2. Edgar Mitchell, Way of the Explorer, p. 61. Les résultats de ses recherches ont été publiés dans le numéro de juin 1971 du Journal of Parapsychology.

3. Francis Crick assimila le cerveau à un poste de télévision, ainsi que D. Loye le cite dans An Arrow Through Chaos, Park Street Press, Rochester, 2000, page 91.

4. La non-localité a été prouvée par des expériences menées par Alain Aspect et ses collègues à Paris, en 1982. 5. M. Schiff, The Memory of Water: Homeopathy and the Battle of Ideas in the New Science, Thorsons, 1995. À suivre … Commande postale : Canada: www.ada-inc.com ; Europe : www.dgdiffusion.com